Le rôle de l’enseignement dans la formation de citoyens européens

Colloque de Lausanne, le 13 novembre 2015

Afin de proposer des solutions valables, il importe d’abord de définir la situation actuelle de l’enseignement en Europe. Dans un certain nombre de pays européens, l’emprise de l’enseignement privé sur la société est nettement plus importante que celle de l’enseignement public, trop souvent dévalorisé dans sa perception et défavorisé financièrement.Cet enseignement privé, en général plus élitiste, est soutenu, de manière plus ou moins visible, par l’une des religions fondamentales, ce qui entraîne malheureusement trop fréquemment l’absence d’éducation à la tolérance et à l’ouverture aux autres courants de pensée de ses jeunes étudiants.

La Franc-Maçonnerie quant à elle est et a toujours été active dans la défense de l’enseignement public, plus égalitaire et ouvert à tous. Mais nous devons nous poser la question de savoir si l’enseignement, tel qu’il était et est encore conçu aujourd’hui, rend les jeunes capables de faire face aux défis du monde de demain. On ne peut constater qu’une « aculturisation» de la société et plus particulièrement des jeunes, accentuée encore par l’usage incontrôlé de l’internet. En outre, le côté compétitif de notre enseignement, avec comme résultat des vainqueurs et des vaincus, va à l’encontre de ce que devrait être une « conscience européenne ».

Alors que l’on peut constater en Europe une chute de 3,2% des budgets de l’enseignement, ce que stigmatise d’ailleurs un rapport européen, nous allons devoir faire face à terme à 3 millions de nouveaux citoyens européens, porteurs de valeurs religieuses différentes.
Face à cette évolution de la société, qui inquiète bon nombre d’habitants de l’Union, beaucoup de pays membres semblent de moins en moins disposés à mettre de côté leur culture chrétienne, ce qui explique l’émergence de mouvements traditionnalistes issus de cette mouvance, opposés à toute autre forme de religion.

Or, quand le niveau socio-culturel est peu élevé, les racines religieuses de la société d’origine, présentes tant au plan éducationnel que culturel et familial ne peuvent être négligées car leur influence sur la formation des enfants reste prééminente.

Il faut donc impérativement revoir notre enseignement qui doit être beaucoup plus axé sur l’ouverture aux autres et l’acceptation de leurs différences.
Dans ce but, le Luxembourg a conçu une méthode intéressante. Depuis 3 ans, un système de « sécularisation sociologique » a été mis en place avec séparation nette de l’enseignement stricto sensu d’une part et de l’éducation d’autre part car leurs objectifs sont différents.
L’enseignement doit apporter un « savoir technique » et est dispensé par des professeurs « traditionnels ».
L’éducation doit apprendre le « savoir être ». C’est le rôle d’éducateurs spécialisés et ce, via plusieurs canaux : le sport, l’histoire de toutes les religions, la morale versus la citoyenneté, les idéaux européens et enfin, l’organisation de la vie familiale d’une part et de la vie en communauté d’autre part notamment par le biais de rencontres et d’activités avec des enfants d’autres origines, fréquentant d’autres écoles.

Ce système est appliqué jusqu’à l’âge de 15 ans. Les matinées sont consacrées à l’enseignement théorique et les après-midi à ces cours d’éducation.
La famille est impliquée dans le volet éducationnel car il est impératif qu’elle aussi bénéficie d’une formation qui lui permette de comprendre les valeurs européennes que l’on inculque à leurs enfants et ce, afin qu’elles les intègrent sans s’y opposer et sans que cela ne crée des conflits au sein de l’espace familial. Cette méthode, outre qu’elle inculque aux jeunes une conscience citoyenne, est la base et le ciment du développement d’une identité européenne.

Pour garantir le respect des croyances ou des philosophies de chacun, une éducation ouverte à l’autre, s’appuyant sur la notion de laïcité est donc indispensable.
Les conclusions du rapport Maalouf « Un défi salutaire : comment la multiplicité des langues pourrait consolider l’Europe (Bruxelles 2008) » sont éclairantes et doivent être mises en application.
L’union européenne devrait en outre émettre pour les Etats membres un avis insistant sur la nécessité pour l’enseignement de lutter activement contre les intégrismes, les fondamentalismes et la radicalisation. Cela implique évidemment l’abandon du concept d’Europe chrétienne, totalement dépassé actuellement mais encore soutenu malheureusement par de nombreux Etats.
La valorisation du concept de laïcité, soutenant le tryptique Education – Famille – Enseignement est indispensable pour progresser dans cette voie de compréhension de l’autre, cette compréhension créant la tolérance.

La rédaction d’un ouvrage consacré à l’histoire de l’Europe depuis le début de sa construction pourrait également être utile à la formation de citoyens européens. Elle permettrait de montrer aux jeunes le chemin accompli et de les conscientiser à leur appartenance européenne ce qui ne peut que diminuer l’exclusion sociale et contribuer ainsi à la lutte contre les nationalismes et toutes les formes d’intégrismes qui nous menacent. L’Enseignement du fonctionnement de l’Union et de ses Institutions renforcerait la conscience de l’existence d’une citoyenneté européenne, ce qui sera toujours la meilleure arme contre toutes les ségrégations.