Le rôle du dialogue interculturel pour former des citoyens européens


Colloque de Lausanne, le 13 novembre 2015


Les pays européens au cours de leur histoire et notamment au siècle dernier ont vécu des vagues successives d’immigration. Les motivations de ces immigrants, qui ont largement contribué à la richesse de nos pays, étaient d’ordre économique. Ils arrivaient de pays peu industrialisés et amenaient leur force de travail dans des états industrialisés plus riches, demandeurs de main d’oeuvre. Il n’y avait pas de différence culturelle majeure entre leurs pays d’origine et celui où ils venaient s’installer. Ils trouvaient des emplois rapidement ce qui permettait leur intégration. L’école jouait à l’époque son rôle d’ascenseur social pour leurs enfants.

La situation actuelle des pays européens est très différente de ce qu’elle était dans l’après-guerre : crise financière, crise économique avec montée du chômage, individualisme de plus en plus marqué, déficit de démocratie, résurgence de mouvements populistes et d’extrême droite, autant de circonstances poussant à la peur, au repli frileux sur soi et donc au rejet de l’autre. En outre, l’immigration à laquelle l’Europe est actuellement confrontée est très différente des précédentes. Il s’agit en grande partie de vagues successives de réfugiés de guerre qui fuient leur pays déchiré par des attentats, des bombardements massifs, des combats entre opposants et défenseurs de certains régimes. A cela, il faut ajouter des immigrants économiques. Tous rêvent d’un avenir meilleur en Europe, une Europe où depuis longtemps déjà la cohésion sociale est gravement affaiblie et où les inégalités sont de plus en plus marquées. Ajoutons à cela que les différentes communautés déjà installées dans nos pays ont tendance à se replier de plus en plus sur elles-mêmes.

Un dialogue interculturel est donc plus que jamais nécessaire. Ce dialogue est indispensable à l’émergence d’une citoyenneté européenne qui, au-delà de nos différences, nous permettra de nouer des liens, de nous comprendre et donc de vivre ensemble harmonieusement. Nous devons donc réfléchir aux moyens à mettre en oeuvre pour favoriser l’émergence de ce dialogue.

Dans un premier temps, il est impératif que l’Union européenne se dote d’une politique extérieure forte et que la diplomatie européenne s’engage dans la recherche de solutions viables pour l’ensemble des peuples. N’oublions qu’un des fondements de l’Europe est de favoriser la paix : pour cela, il faut tout tenter pour réduire les conflits aussi bien en Europe qu’en dehors de celle-ci, prévoir les crises pour empêcher leur apparition ou diminuer leur impact sur les citoyens, et unir les hommes et les femmes dans le respect des valeurs humanistes. Ces valeurs doivent être compréhensibles et claires pour tous. Elles comprennent tout d’abord la reconnaissance des droits fondamentaux de l’Homme et du citoyen, et des droits des femmes et des enfants. Tout cela ne peut être réalisé sans une vraie politique d’éducation des adultes et des jeunes. Le système éducatif européen doit être antidiscriminatoire et antiraciste, insistant sur les valeurs de la démocratie, de liberté de conscience, de laïcité, de solidarité et d'humanisme. La notion de respect de la séparation de l’espace public et de l’espace privé est essentielle. Cette éducation doit être non seulement accessible à tous mais aussi de qualité.

Promouvoir ensuite un vrai dialogue interculturel, indispensable pour que nous acceptions la diversité culturelle et qu’émerge ainsi la notion d’une citoyenneté européenne nécessite des programmes élaborés dans tous les pays de l’Union protégeant en parallèle les droits de l’Homme et les libertés civiles, mettant les citoyens sur un même pied d’égalité et sollicitant leur engagement en faveur de la vie de la cité et pour l’éducation.
Pour ce faire, il est indispensable de ne pas négliger le rôle primordial que peut jouer la communication, notamment numérique, pour l’éducation des jeunes générations en utilisant notamment les facilités liées à Internet et aux réseaux sociaux.

Un statut des droits et devoirs des citoyens devrait être formalisé. Les bonnes pratiques d’un dialogue interculturel doivent être définies. Il faut refuser de donner la qualification de culturelles à des pratiques portant atteinte à l’intégrité physique et psychique des personnes, telle que l’excision, malheureusement toujours pratiquée dans de nombreux pays européens parfois dans la clandestinité mais parfois ouvertement sans qu’aucune mesure efficace ne soit prise pour empêcher ces violences faites aux jeunes filles.

Un véritable dialogue interculturel ne verra le jour que si auparavant on arrive à une légalisation de la situation de ces migrants. Cela pourrait se réaliser par l’instauration d’un droit d’accueil et d’asile citoyen, droit qui devrait ensuite être reconnu et mis en pratique par les institutions européennes et les états membres.

Ensuite la création d’un institut européen de l’intégration à la citoyenneté, par le biais de cours, de discussions, de rencontres amenant à des confrontations de vécus, permettrait certainement, en démystifiant les idées toutes faites, d’une part une meilleure compréhension de la culture de l’autre et d’autre part une adhésion plus aisée à nos idéaux et à nos valeurs européennes. Cette connaissance, cette acceptation de nos différences, la tolérance qui devrait en découler est le seul chemin pour que se forge à l’avenir une identité européenne, responsable et solidaire, respectueuse du vécu de chacun.

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